Le 23 octobre, le monde célèbre la survie infantile. À Bukavu, aucune célébration n’est annoncée. Seuls les femmes et enfants enlevés par des inconnus sont comptés. Dans cette ville, un enfant a deux ennemis : les balles et ce qui vient après les balles, l’abandon et l’enrôlement dans les groupes armés.
Selon le bulletin de l’Unicef et de l’Ong Save The Children consulté par notre rédaction, au Sud-Kivu en 2026, certains chiffres tuent sans bruit :
Le rapport annuel de ces deux organisations internationales révèle qu’1 enfant sur 8 meurt avant son 5ème anniversaire, contre 1 sur 12 au niveau national. Ces deux ong font remarquer que plusieurs centres de santé souffrent de « rupture de stock de vaccins, de Plumpy’Nut (aliment thérapeutique) et de SRO (sel de réhydratation). » Pourtant, ironie du sort, à Bukavu, le Plumpy’Nut se vend dans les rues. Certains adultes comme des enfants raffolent déguster ce délicieux produit sans conséquences prévisibles; puisqu’il est destiné aux malnutris ; mais ils en consomment tout en étant en bonne santé.
Trois maladies meurtrières que les armes :
La pneumonie, la diarrhée et le paludisme, trois maladies évitables pour 2 dollars, tuent plus que les combats, selon les deux organisations. Citant un médecin anonyme à l’hôpital Charité Maternelle de Goma, par exemple, les deux organisations mentionnent : « On ne meurt plus ici d’une balle. On meurt parce que la mère a fui à pied pendant 3 jours enceinte, elle accouche dans un camp sans eau propre, et le bébé attrape une infection. »
4 pilliers de survie de l’enfant détruis
Au Nord Kivu, la guerre a détruit les pilliers sur lesquels repose la survie infantile :
- L’accouchement : Les sages-femmes ont fui. À Masisi et à Rutshuru, plus de 60% des accouchements se font à domicile, sans kit, sans lumière. Les hémorragies du post-partum sont la première cause de mort maternelle et néonatale.
- La vaccination : La chaîne de froid est coupée. Pas de courant, pas de routes sécurisées pour transporter les vaccins de Goma à Walikale. La rougeole est de retour. En septembre 2026 seulement, 400 cas à Bukavu.
- L’alimentation : Une mère déplacée mange un repas par jour. Comment allaiter ? Le lait maternel s’arrête. On donne de l’eau du lac Kivu, non bouillie, au nourrisson de 3 mois. La diarrhée arrive, mentionnent l’Unicef et Save The Children.
- L’eau : L’accès à l’eau dans certains camps des déplacés est de 7 litres d’eau par personne et par jour. L’OMS recommande 20 litres. Les enfants boivent la même eau où on lave le linge.
Entre charité et impératif de paix :
Les ONG font ce qu’elles peuvent, mais les convois sont bloqués, les financements coupés. La Journée Mondiale de la Survie Infantile ne doit pas être une distribution de biscuits. Elle doit être un cri politique. Compte tenu de ce tableau sombre, il est clair que les enfants de l’Est ne seront pas sauvés avec des sachets de lait. Ils seront sauvés en arrêtant la guerre qui les empêche de vivre.
« Chaque jour de guerre en plus à Goma, c’est 30 enfants de moins de 5 ans qui ne fêteront jamais leur anniversaire », mentionnent l’Unicef et SaveThe Children. Et d’ajouter : « Ils n’ont pas besoin de nos larmes. Ils ont besoin que les armes se taisent. »
Faustin MULIRI MIRUHO